— Un sujet me touche et me fascine : la montagne. J’en parcours les sentiers depuis des années. Au-delà de la passion que ces paysages m’inspirent, je suis préoccupé (comme beaucoup de mes contemporains) par ces transformations rapides dues au réchauffement climatique que l’on peut constater dans tous les massifs. Ainsi je ressens le besoin de « consigner » cette nature dont les reliefs vont changer radicalement d’ici peu – nous savons que les chemins empruntés aujourd’hui seront dangereux demain, que les roches s’écroulent, que la glace ne les retient plus, que la spéculation liée à l’industrie du ski défigure les vallées, etc.
Afin de percer les mystères de l’atmosphère particulière que l’on trouve en altitude, de retrouver les lumières uniques que l’on y voit, j’ai pris le parti d’une prospection plastique et picturale tous azimuts : croquis sur le motif, peintures en atelier, collages, gravures, fusains ou encore aquarelles. Une sorte de laboratoire de recherche, une tentative d’épuisement d’un lieu, comme dirait George Perec. Avec l’idée d’offrir un cheminement pictural au sein de l’exposition comme on marche en montagne au cours d’une randonnée.
Cette proposition, qui représente deux ans de recherches, comprend environ soixante-dix pièces de formats variés, de grands panoramiques comme de petites aquarelles légères. Je tente par cet ensemble de restituer les impressions, fugaces ou éternelles, toujours puissantes et magiques, que l’on ressent lorsqu’on fréquente les itinéraires escarpés vers les sommets et les crêtes. Jusqu’à récemment, avant qu’elle ne soit monétisée, la montagne était un lieu vénérable, respecté et effrayant : s’y aventurer demandait rituels et cérémonials. Rituel que je réactive à ma façon, par différentes formes de représentation qui me permettent d’approcher ce caractère sacré que la montagne offre à ceux qui prennent le temps de la contempler. —
Nicolas de Crécy